1er février 2006

Enseignement catholique, que dis-tu de toi-même ?


Dix ans après le vote des statuts actuellement en vigueur dans l’Enseignement catholique, la Conférence des évêques de France a décidé d’engager une réflexion de fond sur la nature et les finalités d’un ensemble éducatif d’autant plus complexe qu’il doit faire vivre en symphonie, sous la responsabilité d’un chef d’établissement enseignants, jeunes, parents d'élèves, gestionnaires, formateurs, en lien et en consonance avec la Direction diocésaine.

Il faut rendre hommage, dans la plupart des cas, à la volonté des enseignants et plus largement de toute la communauté éducative, qui cherchent à créer un climat favorable à l’épanouissement de jeunes souvent désaxés par la vie, et qui trouvent dans l’établissement scolaire des raisons de vivre, de croire en eux-mêmes et d’édifier leur avenir.

Aujourd’hui où, notamment dans le domaine de l’éducation, les mutations pédagogiques sont particulièrement rapides, il est indispensable de revoir périodiquement la vocation originale de l’Enseignement catholique dans la nation et sa manière d’y répondre. Mais il faut le faire clans un climat de confiance et de concertation sans cultiver systématiquement le soupçon. Nous sommes en effet de ceux qui pensent que c’est une chance pour le pays et pour l’Église catholique d’avoir des établissements d’enseignement qui, sans rivalité avec l’Enseignement public, mais en complémentarité, apportent leur note originale puisée dans la Parole de Dieu et l’expérience chrétienne.

Sans doute ici ou là des dysfonctionnements existent. Des conflits de pouvoir peuvent surgir. Des organismes oublient parfois l’esprit de désintéressement qui devrait les animer au seul bénéfice des élèves. Le « caractère propre » peut être banalisé ou occulté, le climat social s’envenimer, les rapports humains se détériorer, la dimension spirituelle s’estomper. Or, il ne s’agit pas de laisser se perdre ce qui fait l’originalité de l’Enseignement catholique et qui justifie son existence et le soutien que leur apportent de nombreuses familles.

Il est bien évident qu’on ne petit pas accepter que l’enseignement catholique perde son âme. Par exemple, peut-on dire que l’Enseignement catholique est fidèle à ses sources et à son histoire s’il est simplement une « boîte à bac », s’il n’est pas une vraie communauté éducative, s’il n’honore pas la dimension spirituelle de l’homme, s’il n’ouvre pas à la question de Dieu et ne propose pas la foi au Christ comme sens de la vie, s’il n’est pas attentif aux plus défavorisés, s’il n’est pas accueillant à tous les jeunes sans discrimination, bref, si le climat dans lequel il s’inscrit n’est pas fondé sur les Béatitudes ?

En fait, l’Enseignement catholique connaît les problèmes de toute institution chrétienne dans le contexte d’une société pluraliste sécularisée. Et par ailleurs, il est atteint du syndrome de fragilité qui touche toutes les grandes institutions de notre pays, spécialement l’Éducation nationale. Une telle situation nécessite le courage de la foi, l’invention pédagogique, la force des convictions. Elle réclame surtout une volonté de travailler ensemble dans un climat de confiance et de sérénité.

Que l’Enseignement catholique poursuive une cure de rajeunissement déjà largement entamée, du sommet à la base, et il aura de beaux jours devant lui, du moins si toutes ses composantes n’ont qu’un seul et même souci : servir la vocation humaine et spirituelle des enfants et des jeunes.

 

Cardinal Bernard PANAFIEU

Archevêque de Marseille

 

Texte publié dans L’Église aujourd’hui à Marseille du 1er février 2006. 

Communiqué sur l'état de la réflexion après l'assemblée plénière de novembre 2006