21 juin 2005

L'IVG au bac L : Un sujet qui n'aurait pas dû être posé

En demandant aux candidats de restituer une argumentation à partir d’éléments approximatifs et polémiques ce sujet les plaçait inconsidérément et inutilement devant un cas de conscience. En ce sens, ce sujet ne respecte ni les candidats ni les exigences d’une formation intellectuelle authentique. Or le baccalauréat vise à valider les acquis des élèves, non pas à les déstabiliser dans un contexte d’examen déjà éprouvant. Les inciter ainsi à entrer dans des logiques réductrices et polémiques sans possibilité de critique n’a pas de sens pédagogique...

 

La direction diocésaine de l’Enseignement catholique de Paris manifeste donc sa désapprobation. Au niveau national, le contact a été établi avec le Ministère de l’Éducation nationale par l’intermédiaire du Secrétariat général de l’Enseignement catholique.

 

Ce qui heurte les consciences

Il y a des questions qu’on ne peut pas aborder sans précautions. Même si la régulation des naissances est au programme de toutes les séries générales du baccalauréat et si le contexte des 30 ans de la loi Veil a pu motiver le choix d’un sujet de bac portant sur l’IVG, on peut légitimement s’interroger sur le libellé du sujet de l’épreuve anticipée d’enseignement scientifique du Bac L cette année.

Selon la règlementation, cette épreuve doit permettre « d’apprécier la culture scientifique et la compréhension des enjeux de société dans lesquels la science est impliquée. » On peut comprendre alors pourquoi les élèves ont été invités à réfléchir non pas sur des données scientifiques rigoureuses mais sur un article de presse évoquant les débats lors de l’adoption de la loi Veil. Cependant, même s’il ne s’agit pas tant d’étudier la valeur scientifique des arguments — par ailleurs très approximatifs voire polémiques — on demande au candidat d’argumenter dans le sens d’une prise de position très critiquable, sans lui permettre la critique ! De ce fait, le candidat n’est pas invité à mesurer les enjeux d’un débat mais à faire l’exercice artificiel de défendre une opinion qui peut objectivement être contraire à sa conscience.

Un malaise révélateur, qui appelle une réponse éducative

L’absence de réflexion morale sur des sujets humains aussi sensibles est d’ailleurs visible de façon symptomatique dans les documents d’accompagnement des programmes officiels sur la procréation. S’ils évoquent que l’évolution technique en matière de procréation pose des problèmes éthiques, ils placent systématiquement l’étude de ces questions éthiques dans les « limites non exigibles » du programme. Pourtant, une telle matière mériterait une réflexion plus rigoureuse. Pourquoi, par exemple, confondre contragestifs et contraceptifs ? Ces questions touchent trop personnellement les adolescents pour qu’on ne les aborde que de façon technique.

La formation de l’esprit critique des lycéens requiert l’accompagnement des enseignants. En abordant des sujets humains aussi sensibles dans leurs cours, les enseignants ont la possibilité de remettre les éléments d’analyse dans leur contexte, d’instaurer le dialogue avec leurs élèves, de les amener à peser chaque information et chaque argument avec prudence. Les établissements catholiques d’enseignement sont témoins que, quelles que soient leurs convictions, les familles demandent à l’école non seulement d’instruire mais d’éveiller l’intelligence des élèves à une recherche exigeante de vérité et de former leur jugement avec respect, sans réductionnisme ni parti pris.

« Vous ne toucherez jamais avec trop de scrupules à cette chose délicate et sacrée qu’est la conscience de l’enfant. » (Jules FERRY, Lettre aux instituteurs)

J.-François CANTENEUR
Adjoint au Directeur diocésain

Frédéric GAUTIER
Directeur diocésain

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Échos dans la presse

24 juin 2005, Valeurs actuelles – Délicat et sacré 23 juin 2005, La Croix – Un sujet sur l'avortement fait polémique23 juin 2005, 20 Minutes – Un sujet du bac hérisse les anti-avortement22 juin 2005, AFP – L'avortement au bac: "sujet scientifique pas philosophique" pour M. Robien22 juin 2005, Le Figaro – Un sujet sur l'IVG au bac fait scandale22 juin 2005, Le Figaro – « Défendre une opinion qui peut être contraire à sa conscience »22 juin 2005, TF1 LCI – Polémique autour de l'IVG au bac17 juin 2005, Libération - Les anti-IVG s'invitent au bac