MAJ le 15 nov. 2015, 19 h 10

Accompagner les élèves après les attentats du 13 novembre 2015

 

Quelques repères

 

1. Permettre l'expression d'une parole

 

Pour ne pas céder à la violence, la confrontation avec la brutalité de la réalité a besoin de passer par la parole. Empathique, celle-ci doit rester sobre et inviter son destinataire à répondre lui aussi avec profondeur et dignité. Les élèves étant facilement submergés par l'information, on veillera au contraire à ne pas en ajouter mais à inviter à la prise de recul et à l'intériorité.

 

2. Réinvestir la vie réelle

 

Autant il est utile que les enseignants fassent droit au besoin de marquer l'évènement par quelques mots en accueillant les élèves dans leurs premiers cours, autant il est nécessaire de laisser place à la vie normale. La perspective d'un retour rapide à la normale et la reprise des activités habituelles font sortir de la tragédie. On sera donc attentif à reprendre le travail, remettre en perspective, revenir autant que possible au déroulement habituel des journées.

 

3. Célébrer la mémoire des disparus et la beauté de la vie

 

A distance de l'évènement et de l'émotion qu'il suscite, il est important de se réunir en communauté et de célébrer à la fois les vies brisées et la beauté de toute vie. Les trois jours de deuil national (jusqu'au mardi 17) nous en donnent l'occasion à l'unisson de la communauté nationale.

 

C'est le rôle du rite de nous aider à célébrer et prier avec des mots qui nous soient communs, pas nécessairement les nôtres mais aussi les mots que Dieu nous donne et met dans notre bouche devant ce qui nous dépasse : passages d'évangile, psaumes, prières liturgiques.

 

 

Voir aussi

 

Partagez vous aussi vos idées

 

© Direction diocésaine de l’Enseignement catholique de Paris • 15 novembre 2015

 


 

Soutenir la parole des éducateurs après les attentats du 11 janvier 2015

 

Tristesse, horreur, condamnation de la violence, solidarité, respect de l'autre... Les réactions sont nombreuses après l'attentat du 7 janvier 2015 à Paris. La gravité et le choc de l'évènement appellent une réponse qui soit aussi éducative. Sur le vif, quelques pistes pour soutenir une parole constructive et porteuse d'espérance de la part des enseignants et des éducateurs :

 

 

1. On ne peut pas prétendre aimer Dieu et haïr son prochain

 

« Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. »

Lettre de saint Jean, 4, 20

 

« Quand ils ont arrêté les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste. Quand ils ont arrêté les socialistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas socialiste. Quand ils ont arrêté les juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif. Quand ils ont arrêté les catholiques, je n’ai pas protesté, je n’étais pas catholique. Et quand ils sont venus m’arrêter, il n’y avait plus personne pour protester. »

Pasteur Martin Niemöller, interné en camp de concentration de 1937 à 1945

 

 

2. Être en désaccord avec quelqu’un ne justifiera jamais ni la violence ni la mort

 

« La violence qui cherche une justification religieuse mérite la plus forte condamnation, parce que le Tout-Puissant est le Dieu de la vie et de la paix. Le monde attend, de la part de tous ceux qui prétendent l’adorer, qu’ils soient des hommes et des femmes de paix, capables de vivre comme des frères et des sœurs, malgré les différences ethniques, religieuses, culturelles ou idéologiques. A la dénonciation, il faut faire suivre le travail commun pour trouver des solutions adéquates. Cela demande la collaboration de toutes les parties : gouvernants, leaders politiques et religieux, représentants de la société civile, et tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté. »

Pape François à Ankara, 28 nov. 2014

 

« Quand je vois quelqu'un, je ne dis jamais : « propagandons ! » mais je cause honnêtement avec ce quelqu'un. Je lui énonce très sincèrement les faits que je connais, les idées que j'aime. Il m'énonce très sincèrement les faits qu'il connaît et les idées qu'il aime et qui sont souvent fort différentes. Quand il me quitte, j'espère qu'il s'est nourri de moi, de ce que je sais, de ce que je suis. Et moi je me suis nourri de tout le monde, parce que tout le monde a beaucoup plus d'esprit que moi. »

Charles Péguy, Cahiers de la Quinzaine, 1901

 

« En matière de religion, plus le chemin de l’engagement est court, plus l’effort intellectuel exigé est faible et plus la spiritualité cède la place au prosélytisme et à la haine de l’autre. Que vaut une conversion acquise en prononçant une quelconque formule magique dont on ignore souvent le sens ? Rien ! sinon qu’elle avilit et ridiculise le converti et le culte. Une religion se mérite par l’effort intellectuel qu’on lui consent. Honte à tous ceux qui, de quelque confession qu’ils soient, portent leur religion comme un signe de reconnaissance acheté à vil prix et exhibé avec d’autant plus d’agressivité. Seul compte le savoir partagé acquis par l’étude profonde des textes et, surtout, nourri par le goût de l’échange bienveillant et fertile à propos des textes des autres religions. »

Alain Bentolila, « Une religion, ça se mérite », Libération, 5 jan. 2015

 

3. Le dialogue est la seule solution

 

« Le dialogue constructif entre les personnes de diverses traditions religieuses sert également à surmonter une autre peur, que nous voyons malheureusement se développer dans les sociétés les plus fortement sécularisées : la peur à l’égard des diverses traditions religieuses et envers la dimension religieuse en tant que telle. La religion est vue comme quelque chose d’inutile, voire de dangereux [...]. Il existe une pensée diffuse selon laquelle la coexistence ne serait possible qu’en cachant sa propre appartenance religieuse, en nous rencontrant dans une sorte d’espace neutre, privé de références à la transcendance. Mais ici aussi : comment serait-il possible de créer de véritables relations, de construite une société qui soit une authentique maison commune, en imposant de mettre de côté ce que chacun considère être une partie profonde de sa propre personne ? Il n’est pas possible de penser à une fraternité « en éprouvette ». Assurément, il est nécessaire que tout se déroule dans le respect des convictions d’autrui, même de ceux qui ne croient pas, mais nous devons avoir le courage et la patience d’aller à la rencontre l’un de l’autre en acceptant ce que nous sommes. L’avenir se trouve dans la coexistence respectueuse des diversités, non dans l’homologation à une pensée unique théoriquement neutre. Nous avons vu, au cours de l’histoire, la tragédie des pensées uniques. Il devient donc incontournable de reconnaître le droit fondamental à la liberté religieuse, dans toutes ses dimensions. Nous sommes convaincus que l’édification de la paix dans le monde passe par cette voie. »

Pape François, 28 nov. 2013

 

« Je vois bien qu’aujourd’hui l’islam fait peur : l’opinion publique ne comprend pas comment on peut dialoguer, d’un côté, alors que, de l’autre, certains commettent la violence au nom de la religion. A mes yeux, une partie du problème vient de l’ignorance réciproque : même après tant d’années, nous ne nous connaissons pas suffisamment ! D’où l’importance, là encore, de l’éducation à l’école, mais aussi dans les séminaires et les noviciats : on ne peut penser aujourd’hui être prêtre en France ou en Allemagne sans avoir un minimum de connaissances sur l’islam ! Nous chrétiens, par notre présence auprès des musulmans, nous devons leur poser question [...] Le pape François nous invite sans cesse à aller aux périphéries : c’est sans doute un appel à élargir sans cesse notre tente, à multiplier les invitations. De toutes façons, il n’y a pas d’alternative : soit nous choisissons le dialogue, soit c’est la guerre… Plus il y a de conflits, et plus il nous faut insister sur le dialogue. « C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière », écrivait Edmond Rostand. »

Card. Jean-Louis Tauran, La Croix, 5 jan. 2015

 

4. L'amour est plus fort

 

« Le Christ nous a dit: "Gardez courage! J'ai vaincu le monde". "Et voici que je suis avec vous pour toujours, jusqu'à la fin du monde". "Les Portes de l'Hadès ne tiendront pas contre elle". Ce sont les paroles de Dieu ! Ce sont des paroles qu'aucun homme ne pourra jamais effacer. Avec cette intime certitude, regardons avec sérénité vers l'avenir, en continuant de prier et de travailler en vue d'un monde meilleur. Certes, dans le monde, certains parlent de violence et de mort. Mais avec le Pape, nous voulons aujourd'hui crier au monde : « L'amour est plus fort que la mort ! L'amour triomphera ! »

Card. Angelo Sodano, Messe pour les victimes des attentats de Madrid, 26 mars 2004

 

« Que personne ne se laisse aller à l’affolement ou à la haine ; que nul ne se laisse aller à la facilité d’identifier quelques fanatiques avec une religion tout entière. Et prions aussi pour les terroristes qui découvrent la vérité du jugement de Dieu. Demandons la grâce d’être des artisans de paix. Il ne faut jamais désespérer de la paix, si on construit la justice. »

Card. André Vingt-Trois, archevêque de Paris, 10 jan. 2015

 

Nous faire part de vos remarques

 

© Direction diocésaine de l’Enseignement catholique de Paris • janvier 2015

Voir aussi :

 

Enseignement catholique   Quelles pistes de travail pouvons-nous suivre ensemble ? 

   Liberté de conscience, liberté d'expression : outils pédagogiques